Cavaliers et cyclistes sur les voies vertes : vers un partage apaisé des itinéraires

Accueil > Actualités > Cavaliers et cyclistes sur les voies vertes : vers un partage apaisé des itinéraires
Sophie POUILLY 21/05/2026 AMÉNAGEMENT

Le développement du vélo constitue aujourd’hui un levier majeur de la transition écologique et de la promotion de l’activité physique. En milieu rural, il conduit de plus en plus souvent à faire cohabiter différents usagers sur les mêmes itinéraires : cyclistes, cavaliers et randonneurs pédestres partagent ainsi voies vertes, chemins et pistes rurales. Si cette…

Le développement du vélo constitue aujourd’hui un levier majeur de la transition écologique et de la promotion de l’activité physique. En milieu rural, il conduit de plus en plus souvent à faire cohabiter différents usagers sur les mêmes itinéraires : cyclistes, cavaliers et randonneurs pédestres partagent ainsi voies vertes, chemins et pistes rurales. Si cette mutualisation permet d’optimiser les infrastructures et de valoriser les territoires, elle soulève également des enjeux de sécurité, de confort et de gestion des usages.

Cette question se pose avec une acuité particulière en Normandie, première région équestre de France (12 000 naissances de chevaux par an, haras nationaux, courses hippiques). Si le Code de la route autorise explicitement la circulation des cavaliers sur les voies vertes (article R110-2), certaines collectivités font le choix d’en interdire l’accès par crainte de dégradations, de nuisances ou de conflits d’usages. À l’inverse, d’autres souhaitent créer des espaces accessibles à tous sans savoir comment procéder. Il n’existait jusqu’à présent aucune étude ni recommandation officielle pour encadrer cette cohabitation.

Figure 1 : Voie verte du Chemin Vert du Petit Caux à Eu – Vizea – Terrain 2025.

Dans ce contexte, la DREAL Normandie a confié au bureau d’études Vizea la réalisation d’une étude visant à formaliser des recommandations techniques pour les aménagements cyclables partagés avec des cavaliers. Le Comité Régional de Tourisme Équestre de Normandie a accompagné les travaux sur les enjeux propres aux pratiques équestres, tandis que le CEREMA a apporté son expertise en matière d’aménagements et de mobilité. Conduite entre janvier et décembre 2025, l’étude s’appuie sur une analyse bibliographique nationale et européenne, des retours d’expérience d’aménagements existants, des entretiens avec des acteurs clés et une centaine d’usagers, ainsi que l’expérimentation sur trois territoires volontaires : Granville Terre et Mer, Normandie Cabourg Pays d’Auge et Terre d’Argentan Interco.

Des usages différents mais compatibles

Cyclistes et cavaliers partagent un goût commun pour les itinéraires calmes et sécurisés, mais leurs pratiques présentent des différences importantes. Le cheval est un animal sensible, susceptible d’être surpris par un vélo arrivant silencieusement ; à l’inverse, les cyclistes peuvent être déstabilisés par la présence d’un animal imposant. Vitesse de déplacement, largeur nécessaire et besoins liés à l’entretien des sols diffèrent également, rendant indispensable une réflexion spécifique lors de la conception des itinéraires partagés.

Un guide pratique pour les collectivités

Les travaux ont abouti à l’élaboration d’un guide pratique à destination des collectivités, compilant des recommandations techniques opérationnelles sous forme de fiches thématiques (revêtements, équipements, entretien, signalisation, etc.). Un outil graphique d’aide à la décision a également été intégré pour faciliter la prise en main par les maîtres d’ouvrage.

Le guide propose trois solutions techniques adaptées au contexte de chaque territoire :

  1. La cohabitation sur un même cheminement, avec une largeur minimale de 3 mètres et un revêtement polyvalent de type stabilisé compacté, compatible avec l’ensemble des usages.
  2. La séparation des cheminements au sein de la voie verte, associant une bande en enrobé de 3 mètres dédiée aux cyclistes et une surlargeur en herbe ou stabilisé pour les cavaliers.
  3. La dissociation des itinéraires, avec une voie verte en enrobé réservée aux cycles et la création ou le fléchage d’un itinéraire alternatif dédié aux cavaliers.

La visibilité, le choix des revêtements, la signalisation et la sensibilisation des usagers constituent autant de leviers complémentaires pour garantir une cohabitation sereine. La réussite d’un partage des usages repose aussi sur la concertation entre collectivités, gestionnaires d’itinéraires, associations de cyclistes, structures équestres et propriétaires fonciers. Bien conçus, ces aménagements ne constituent pas seulement une réponse à une contrainte technique : ils représentent une opportunité de développer des mobilités de loisirs durables et de renforcer l’attractivité des territoires. Ce guide a vocation à être diffusé largement et à servir de référence nationale pour accompagner les collectivités dans leurs projets.

Partager cet article